Pays-de-La-Loire : le défi de l’alimentation des monogastriques

Pour répondre à une forte demande, les mises en place de volailles et porcs biologiques se sont beaucoup développées ces dernières années en Pays-de-la- Loire sans que la production régionale des céréales et protéagineux nécessaires à leur alimentation ne suive.

En effet, la plupart des nouveaux élevages – souvent engagés dans des filières longues – ne produisent pas leur aliment et l’achètent auprès d’industriels qui eux-mêmes doivent se fournir en dehors de la région. Cette situation, que l’absence de véritable lien au sol consacrée par le nouveau cahier des charges n’a fait que renforcer, inquiète les professionnels de la région car elle fait le lit des importations. Comment alors développer la production régionale de céréales bio et inciter à la conversion de nouveaux producteurs ? À l’occasion de l’assemblée générale de la Coordination Agrobiologique des Pays-de-la-Loire, cette question a fait l’objet d’un débat le 16 mars à Angers. Laurence Fontaine, chargée de mission à l’Itab, a répertorié les nombreux freins économiques et techniques à la conversion en grandes cultures : craintes des envahissements d’adventices, gestion de la fertilité… Selon elle, les programmes de recherche et d’expérimentation mis en oeuvre ces dernières années, notamment RotAB (1), devraient rassurer les futurs céréaliers bio.

La contractualisation progresse

Côté industriel, la société vendéenne Mercier, spécialisée en nutrition animale 100 % bio, essentiellement pour les monogastriques, a développé une contractualisation avec la coopérative Cavac : “en 2009, nous avons mis en place un contrat d’achat de céréales sur trois ans avec un prix haut et un prix bas afin d’assurer une rémunération intéressante pour le producteur et un prix de l’aliment raisonnable. Ce contrat stipule aussi que le prix de la céréale bio doit être au minimum le double de celui du conventionnel”, rappelle Jean-Jacques Mercier, responsable de la société éponyme. Des pratiques similaires sont aussi en cours depuis l’an dernier dans la fi lière des poulets de Loué avec le dispositif “Grains de terroir bio”. “Notre objectif est de nous fournir en céréales produites localement, c’est-à-dire dans la Sarthe mais aussi les départements limitrophes à travers l’achat de graines collectées par trois partenaires, Biocer, l’Ufab et la SA Pinault. Nous garantissons aux producteurs un prix d’achat toujours supérieur ou égal au prix de marché pendant cinq ans ainsi qu’une prime à la conversion de 100 euros par ha la première année et 50 euros la deuxième année. Par ailleurs, nous proposons aussi, notamment aux nouveaux convertis, un soutien technique à travers la mise en commun d’expériences culturales”, rappelle Pascal Vaugarny, en charge du dossier pour la Cafel (2).

Une production régionale de soja

Les participants ont aussi largement évoqué la nécessité de stimuler la production régionale de soja afin de disposer de tourteaux riches en acides aminés, indispensables à la croissance des monogastriques. Si des alternatives au soja ont été évoquées, comme l’utilisation de lactosérum pour les porcs, le recours à davantage de pâturage notamment pour les volailles ou au trèfle violet déshydraté (trois produits riches en acides aminés), force est de constater qu’elles ne sont pas encore beaucoup répandues. Philippe Betton et Jean-Yves Branlard, respectivement producteur de porcs dans la Mayenne et de volailles en Sarthe – qui fabriquent tous deux leur aliment à la ferme – ont rappelé comment le soja s’était fait une place dans leurs rotations, moyennant beaucoup de tâtonnements et de précautions : recours à des variétés très précoces, faux-semis, binages… “On a bien vu le maïs et le tournesol remonter au nord de la Loire, alors pourquoi pas le soja ?”, rappelle Jean- Yves Branlard. Par ailleurs, les participants ont été unanimes pour rappeler la nécessité d’améliorer encore plus la qualité des grains : “Ce n’est pas parce qu’une céréale est bio qu’elle est forcément de bonne qualité”, a précisé Jean-Jacques Mercier, tout en appelant les producteurs à davantage de rigueur dans les opérations de stockage et en leur conseillant d’investir dans des équipements de triage et de ventilation.

(1) RotAB est un programme de trois ans (2008-2010) destiné à évaluer et à concevoir des rotations adaptées aux systèmes grandes cultures biologiques.

(2) Coopérative avicole des Fermiers de Loué.

Jean-Martial Poupeau

Mai-Juin 2010 – N° 70

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