Nature et Progrès : 50 ans de bio

Eliane Anglaret, présidente de Nature et Progrès.

Eliane Anglaret, présidente de Nature et Progrès.

Pionnière dans la promotion d’une agriculture respectueuse de l’environnement, Nature et Progrès fête ses 50 ans. À l’heure de la révision de la réglementation européenne bio, Éliane Anglaret, sa présidente, réaffirme les valeurs de cette association toujours en mouvement.

 

 

Qui sont les membres de Nature et Progrès ?

Regroupés en 27 groupes locaux, producteurs, transformateurs et consommateurs constituent nos quelques 2000 adhérents qui interviennent dans le périmètre, peu ou prou, d’un département. La moitié est constituée d’adhérents sous mention. Il est à noter qu’en 10 ans, le nombre d’adhésions a doublé, après une forte érosion dans les années 90, suite à la mise en place de la réglementation bio.

Peut-on recevoir la mention Nature et Progrès sans être certifié bio ?

Oui, 40 % de nos adhérents ne disposent que de la mention Nature et Progrès. Ce qui veut dire que 60 % sont aussi certifiés bio. Nos adhérents considèrent que le cahier des charges européen de l’agriculture bio ne suffit pas car il ne pose que des règles techniques, ils souhaitent compléter la vision technique par les approches développées dans la charte.

En quoi Nature et Progrès va-t-il plus loin ?

Nos cahiers des charges sont plus exigeants que ceux de la bio européenne, ils sont évolutifs. Nous avons, par exemple, interdit l’usage de l’huile de palme ; même labellisée bio, nous estimons qu’elle n’est pas produite dans des conditions écologiques et sociales satisfaisantes.

À côté des cahiers des charges, nous disposons d’une charte qui englobe les aspects écologiques, énergétiques, économiques, sociaux et éthiques. Sans poser des obligations strictes, elle est regardée de très près au moment de décerner la mention Nature et Progrès. L’objectif est de sensibiliser, afin d’inviter à changer les pratiques. Sur le terrain, les professionnels tentent de toujours faire mieux, comme ces agriculteurs qui sont passés à des rotations de 10-12 ans pour entretenir la vie de leurs sols. Quand on visite des boulangers et des paysans-boulangers, on les voit préparer eux-mêmes leur farine, leur levain, pétrir à la main ou avec des pétrins adaptés, utiliser des fours à gueulard qui réduisent la consommation de bois… Certains agriculteurs labourent au minimum voire pas du tout, ayant calculé que réduire la profondeur du labour de 25 à 15 cm fait économiser environ 15 % de gasoil. Toutes ces initiatives demandent une grande capacité d’observation, beaucoup plus d’autonomie et de technicité. C’est une recherche permanente d’amélioration. Preuve de l’intérêt de ces évolutions in situ, certaines des fermes labellisées Nature et Progrès, dont une près de Paris, servent de références pour l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab).

Travail du sol chez Guillaume Kedryna en Ariège.

Travail du sol chez Guillaume Kedryna en Ariège.

Comment se déroule le contrôle ?

Nature et Progrès fonctionne sur un système de contrôle participatif (SPG). Les adhérents de Nature et Progrès sont contrôlés par d’autres adhérents, au minimum 1 producteur et 1 consommateur (ces derniers sont parfois plus nombreux) au cours d’une visite d’enquête. L’idée est de vérifier le respect des règles mais aussi, beaucoup, d’échanger, d’interroger, de réfléchir ensemble pour progresser. Pour préparer ces enquêtes, les adhérents reçoivent une formation afin d’apprendre à lire un cahier des charges, éplucher des documents administratifs, comprendre la charte… Le contrôle se fait tous les ans pour ceux qui ne sont que Nature et Progrès et tous les 2 ans chez ceux certifiés en bio.

IFOAM Monde a reconnu les systèmes participatifs et a agrée celui de Nature et Progrès. La réflexion actuelle pour l’évolution de la réglementation européenne bio, qui se profile à l’horizon 2017, se penche sérieusement sur ce mode de contrôle.

L’histoire de Nature et Progrès est émaillée de combats ; quels sont ceux du XXIsiècle ?

La multiplication des normes industrielles, alimentaires, de transformation laitière… appliquées à l’artisanat et à l’agriculture à taille humaine. Par exemple, pour faire mûrir des fromages, il est imposé des caves stériles ; de plus en plus, on éloigne le vivant ou tout du moins, on veut le contrôler. C’est la même chose avec les OGM : on finirait par n’avoir plus que quelques semences ! Or, les boulangers vous le diront, pour de bons pains, un mélange de plusieurs variétés de blés est nécessaire.

C’est également l’orientation de la voie mâle pour contrôler la reproduction des animaux ; les éleveurs sont en effet tenus de déclarer leur bouc, leur bélier… Cette mesure met à mal l’autonomie des paysans. C’est aussi le déni des médecines alternatives telles que l’homéopathie, la phytothérapie ou encore l’aromathérapie puisqu’un éleveur ne peut plus soigner son troupeau sans une ordonnance du vétérinaire. Or, ils sont nombreux capables de détecter des maladies, soigner leurs animaux après avoir suivi des formations.

Chez Nature et Progrès, bon nombre de professionnels affichent leur contestation et rivalisent d’initiatives pour davantage d’autonomie soit sur leur ferme soit à l’échelle d’un territoire. Riche d’échanges, cette recherche d’autonomie se combine à un travail collectif pour aller vers la souveraineté alimentaire. L’important est de donner au vivant toutes ses lettres de noblesse.

Quels sont les événements prévus pour fêter cet anniversaire ?

Une grande semaine d’actions et de réflexions est prévue en Lozère, à Chambalon, du 24 août au 3 septembre. En outre, une dizaine d’événements (foires, marchés, conférences, ciné-débats…) sont organisés dans les autres régions de France.

Du 8 au 16 novembre, le salon Marjolaine sera également un moment fort au parc floral de Paris : il accueillera notamment l’exposition remarquable L’Écologie en 600 dates réalisée par la revue Silence.

Propos recueillis par Gaëlle Poyade

Nature et Progrès : dates clé

  • 1964 : Création en l’association Nature et Progrès.
  • 1972 : Nature et Progrès élabore le 1er cahier des charges de l’agriculture biologique. Il concerne les productions végétales et pose les bases de l’attribution de la « Mention » Nature et Progrès.

La même année, Nature et Progrès crée, avec d’autres partenaires mondiaux, la Fédération Internationale des Mouvements d’Agriculture Biologique (Ifoam : International Federation of Organic Agriculture Movements). Ifoam est aujourd’hui l’organisation internationale des acteurs de la bio.

  • 1976 : naissance du Salon Marjolaine (Paris)
  • 1998 : Nature et Progrès rédige le 1er cahier des charges « Cosmétique et savonnerie » français, qui contient également un référentiel « produits d’entretien »

 

www.natureetprogres.org

 

 

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