Cultures maraîchères : optimisons les fermes !

Dossier Maraîchage

La demande en légumes bio ne fait que croître ! Entre 2013 et 2016, la part de marché des légumes frais bio a progressé de 70 %. Bonne nouvelle pour les maraîchers… Et en même temps, sacré challenge. Disposer de semences de qualité en quantité suffisante, gérer au mieux la fertilisation complexe de nombreuses espèces différentes, maîtriser ses itinéraires techniques, s’organiser sur sa ferme pour s’économiser, répondre à de nouvelles attentes des consommateurs… Les enjeux sont de taille. Et les maraîchers relèvent le défi.

Après plus de dix ans d’accompagnement technique des maraîchers au sein du groupement d’agriculteurs bio des Côtes-d’Armor (Gab 22), Charles Souillot est maintenant consultant indépendant en maraîchage bio (1). Il nous livre sa vision de la filière.

INTERVIEW

Biofil : À quelles problématiques doivent répondre les maraîchers aujourd’hui ?

Charles Souillot, consultant indépendant en maraîchage bio.

Charles Souillot : Les défis sont multiples : techniques évidemment, mais aussi commerciaux et structuraux. Réussir à capter et à fidéliser une nouvelle clientèle, moins sensible au bio et sûrement moins militante que les consommateurs d’il y a vingt ans est un enjeu. Autant en circuits longs qu’en circuits courts. Des changements liés à la typologie et la présentation des produits sont à prendre en compte. Autre aspect : les fermes maraîchères bio sont en moyenne relativement jeunes. Elles ont d’abord priorisé la maîtrise de leurs itinéraires techniques et leurs circuits commerciaux. Maintenant, il est important aussi de réfléchir aux aspects logistiques. La récolte, le lavage, le parage, la logistique de conditionnement et la vente représentent souvent plus de 50 % du temps de travail de beaucoup de producteurs. Il y a de la fluidité, de l’ergonomie et du temps à gagner sur ces postes. À produire 20 tonnes de légumes par an, si on les porte une fois, on porte 20 tonnes par an, si on les porte 20 fois, on porte 400 tonnes par an…

Où en est-on de la disponibilité en semences ?
C’est toujours un enjeu majeur, avec des espèces sous représentées ou en quantité insuffi sante. Or la demande est croissante. De plus en plus de maraîchers s’installent ou se convertissent, sur des petites ou des grandes surfaces. Nous sommes toujours obligés de faire des dérogations, de substituer une variété qui serait pourtant très adaptée à notre milieu par une autre, simplement parce qu’elle n’est pas disponible. Tous les semenciers ne jouent pas encore le jeu, même si la bio est un marché en forte progression. On peut espérer que l’augmentation de la demande étayera l’off re bio de manière durable. Les passages hors dérogation sont de bons leviers pour développer la disponibilité liée à une espèce. Des semenciers proposent depuis plusieurs années un catalogue bio très complet, il est donc possible techniquement de produire une gamme de semences bio de qualité.

Quels sont les manques ?
J’en perçois sur le radis, notamment ceux de jours courts. Et en salade, lorsqu’une nouvelle race de mildiou arrive, les nouvelles variétés résistantes sont trop peu souvent multipliées en bio. Leur mise sur le marché prend plus de temps qu’en conventionnel. On l’a vu en 2017 avec la race 33 de brémia qui a causé des dégâts importants. Certains types variétaux sont également sous représentés comme les salades “multifeuilles” pourtant largement plébiscitées par les maraîchers en vente directe.
Autre facteur d’inquiétude, la sélection variétale sur le chou, qui s’oriente de plus en plus vers des variétés CMS – stérilité mâle cytoplasmique. Ce type de sélection est éthiquement contestable et est rejeté par un grand nombre de producteurs. Même si certains semenciers font un travail remarquable sur un développement de leur gamme sans CMS, l’offre hors CMS n’en demeure pas moins réduite, notamment en chou-fleur.

Qu’en est-il du désherbage ?
Les outils ont vraiment évolué ces dix dernières années. Ils sont de plus en plus précis mais aussi de plus en plus spécifiques. Un clivage s’accroît : d’un côté les systèmes spécialisés où l’on recherche des outils très pointus adaptés à un panel de cultures réduit ; de l’autre les systèmes diversifiés qui recherchent une grande polyvalence dans les outils. Réussir à utiliser les outils sur un maximum de surface et de cultures est un challenge.

Propos recueillis par Frédérique Rose

(1) Pour le contacter : www.strategies-vegetales.fr

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