Priorité à la biodiversité pour Sébastien Blache

Sébastien Blache, ornithologue de formation, vise l’équilibre écologique et économique de son système. (© Rivry-Fournier)

Un des lauréats des Talents bio du salon Tech&Bio, Sébastien Blache cultive la biodiversité sur 30 hectares dans la Drôme, dont 2,5 hectares de vergers, plantés de dix espèces. Ovins, volailles et grandes cultures complètent ce système agroforestier visant à s’équilibrer, basé sur l’autonomie et la vente directe.

Dans la plaine de Valence, la ferme de Sébastien Blache est redevenue une oasis de biodiversité à contre courant de la tendance à la monoculture rencontrée ici. Installé en 2006, au début sur 11 hectares irrigables, le jeune producteur, ornithologue de formation, crée son exploitation, avec au départ, l’arboriculture comme pilier principal. Il plante un verger multi-espèces : pomme, poire, prune, figue, pêche, abricot, cerise, kaki, kiwi. Chacune d’entre elles comporte une dizaine de variétés échelonnées en maturité sur plusieurs mois pour une cueillette pouvant être réalisée en solo, car représentées par une dizaine d’arbres. Ceux-ci sont espacés de neuf mètres, entre eux et aussi entre rangs, soit 100 arbres à l’hectare pour les pommiers et poiriers (un peu plus pour les autres espèces moins gourmandes en place). “L’entre-rang doit pouvoir laisser passer une moissonneuse-batteuse”, explique le producteur.

Favoriser les interactions
Ce système agroforestier s’appuie sur les synergies entre fruitiers et cultures intercalaires : les rotations de céréales, légumineuses et oléagineux se succèdent entre-rangs, semées et récoltées avant l’arrivée des fruits. “Les interactions sont multiples, et influent sur la minéralisation des plantes, la fertilisation des sols, les rendements et l’état sanitaire”, détaille Sébastien Blache. De plus, les arbres freinent l’érosion due au vent, parfois très fort dans la vallée, tout en régulant le climat. Pour compléter cette action, quatre kilomètres de haies sont aussi plantés sur les 30 hectares que compte désormais la ferme. “Des espèces indigènes récupérées au bord du Rhône, comme les saules, sureaux, chênes pubescents dont nous gérons la prolifération.” Des mares sont creusées : “l’idéal, une à l’hectare”, pour attirer les amphibiens et libellules, consommateurs d’insectes. De nombreux nichoirs complètent le dispositif. “Faire venir certaines espèces indispensables à l’équilibre écologique nécessite beaucoup de techniques”, reconnaît le producteur. “C’est très compliqué de travailler avec la biodiversité, on a peu de références. L’écologie fonctionnelle est très mal enseignée, déplore cet ancien animateur de la LPO (Ligue de protection des oiseaux). Les agriculteurs savent que c’est important, mais ils sont démunis.”

Christine Rivry-Fournier

Inscrivez-vous à la newsletter
gratuite de BIOFIL.