Implanter un verger bio: 1ère partie

Créer un verger bio ne s’improvise pas. Cette prise de risque (évaluée entre 10 000 et 15 000 €/ha selon les espèces en semi-intensif) nécessite réflexions et évaluation des paramètres. Il faut anticiper, idéalement deux ans avant, car l’aventure va durer plusieurs années : au minimum 15 ans pour le pêcher, à plus de 100 ans pour le poirier !

Avant de se lancer, les points clés à prendre en compte sont le choix du site et sa topographie, la région d’implantation, le système à adopter ainsi que le matériel végétal et la pollinisation.

Site, topographie et région

Le choix du site et la topographie constituent le premier facteur, primordial et définitif qui va influencer toute la vie du verger et sa rentabilité. Il faut éviter les situations gélives, les couloirs de grêle, mais aussi les sites favorisant les maladies et les ravageurs. Recherchez les situations aérées car elles facilitent la lutte phytosanitaire surtout contre les maladies cryptogamiques. Mais les couloirs de fort vent sont à éviter. Une bonne connaissance de l’historique microclimatique et cultural des parcelles est irremplaçable pour un choix optimum. Attention aux sites risquant hydromorphisme, zones inondables, toxicité du sol (manganique, aluminique…).

Le contexte climatique conditionne les espèces fruitières à planter. Mais il faut aussi prendre en compte les différents modes de commercialisation possibles. Ainsi la localisation vis-à-vis des grandes villes, l’existence de structures de ventes, les possibilités de marché orientent également les choix.

Système de verger

Aucun système n’est fondamentalement bon ou mauvais, chacun a ses contraintes propres. Le choix dépend beaucoup des affinités du producteur mais aussi de la nature du sol et de la disponibilité en eau. Chaque système est à réviser suivant l’espèce choisie et la région d’implantation. Le verger haute-tige ne s’implante pas où souffl e le Mistral !

Il est possible de classer les vergers en 3 types :

– Le verger intensif, classique avec un porte-greffe faible, un nombre d’arbres important (supérieur à 1 000 pieds/ha) et avec une infrastructure coûteuse (palissage, protection par filets). Ce type de verger, “formule 1 de l’arboriculture”, demande de la technicité, beaucoup de soin, de présence.

– Le verger semi-intensif, avec un porte-greffe à ancrage correct et des densités moyennes suivant les espèces (500 à 1 000 arbres/ ha), pas de palissage ou juste un tuteurage les premières années. Tout est à repenser, à réinventer avec les nouveaux principes de conduite. L’entrée en production est moins rapide et le rendement à l’hectare plus faible.

– Le verger extensif, sur porte-greffe vigoureux à des densités faible, comme les anciens vergers (hautes tiges) : plein-vent, pré-verger… Les inconvénients sont la lenteur d’entrée en production et la qualité fruitière. Il faut prévoir environ 40 à 60 % des fruits récoltés suivant les années et un atelier de transformation.

Matériel végétal

Variétés : il est important de rechercher une rusticité globale, afin que les variétés soient bien adaptées à la fois au climat et au sol. Leur choix doit aussi se raisonner par rapport à la surface totale du verger et au potentiel de vente. En bio, il n’existe pas de variété idéale. Il faut faire un compromis, en fonction de leurs caractéristiques et leurs contraintes. En pommes, le variétal est très important, les anciennes variétés sont souvent attirantes mais pas toujours faciles à cultiver. Les variétés modernes dites RT (Résistante Tavelure) sont souvent un bon choix pour les zones pluvieuses et chaudes. En poires, il existe peu de nouvelles variétés, le choix est plus facile. En pêches, le nombre de nouvelles variétés est immense : il est obligatoire de trier en fonction de leur sensibilité, à la cloque et au monilia ! Pour les abricots, les prunes, le choix est moins cornélien.

Porte-greffe : il est à choisir en fonction du sol surtout (pour les fruits à noyaux), de la forme fruitière adoptée (pour les fruits à pépins) et de la variété à cultiver, suivant son indice de vigueur. Cela demande une grande connaissance technique, car le porte-greffe joue un rôle primordial dans le devenir du verger. Il est préférable de ne pas écouter uniquement les pépiniéristes : leur conseil sera ciblé en fonction de la disponibilité de leur matériel végétal aussi bien pour le porte-greffe que pour les variétés.

Pollinisation : souvent, en verger bio, le choix est multi-variétal dans la même espèce lors de la plantation (quand ce n’est pas multiespèces). Cela résout donc la pollinisation. Par sécurité, consultez un tableau de pollinisation et vérifiez si votre choix variétal est en accord avec les variétés pollinisatrices.

Créer son verger

Verger de jeunes pommiers en première feuille palissée en axe.

Le plus gros problème est d’éviter les parcelles connaissant des problèmes d’hydromorphisme. S’il n’est pas possible d’implanter le verger sur une autre parcelle, il faut la drainer et planter sur butte. Attention au sol trop calcaire, le verger risque d’être chlorotique toute sa vie. Un test de carbonatation est à réaliser. À l’inverse, les sols acides demandent une bonne gestion de la technique du chaulage. Chaque espèce a ses critères de qualité de sol. Pour le poirier, il est préférable d’avoir des sols riches, limoneux et profonds car cette espèce aime plutôt une implantation en plaine. Le pommier s’adapte à de nombreux types de sols, avec une préférence pour les coteaux, et le choix du porte-greffe sera primordial. Pour les pêchers et les abricotiers, privilégiez les zones bien ensoleillées. À l’instar du pommier, le prunier a aussi un large pouvoir d’adaptation (à raisonner suivant les variétés : prune d’Ente dans le Sud-Ouest et Mirabelle dans l’Est, par exemple). Il aime les sols profonds et riches.

Connaître le précédent cultural

L’historique de la parcelle est important. Évitez les sols avec, comme précédent, des cultures intensives, herbicides et pesticides (risque de non pousse les premières années). Attention aux parcelles défrichées trop récemment où poussaient des ligneux : le résiduel de la masse végétale en décomposition peut être phytotoxique pour le développement racinaire des arbres nouvellement plantés. Les prairies permanentes peuvent également poser des problèmes surtout en raison de la présence potentielle de campagnols.

Semer un engrais vert ou une céréale apporte deux précédents très intéressants. La rotation des cultures n’existant pas en arboriculture, les engrais verts évitent la fatigue des sols et la pression parasitaire. Préférez le semis de plantes décompactrices comme la vesce ou la phacélie : grâce à leur système fasciculaire très développé, elles aèrent le sol parfois mieux que n’importe quelle machine de travail de sol.

Préparer le sol

Le but est de détruire l’herbe présente et de créer une terre légère facilitant la plantation et le futur développement racinaire. L’ameublissement en profondeur est à déterminer par un profi l à effectuer à la pioche pour voir la (ou les) zone(s) de tassement potentiel. Le passage de griffe est souvent utile, idéalement un an avant la plantation et en sol sec, suivi du semis d’un engrais vert. La fumure avant plantation est essentielle pour le déroulement futur de la vie du verger. Elle est indispensable dans la plupart des types de sols, avec pour but d’enrichir le sol et de nourrir les arbres lors de leur enracinement dans les mois qui suivent la plantation. Elle est obligatoire en replantation. Elle est inutile uniquement dans un sol très fertile.

Entretenir le sol

Les premières années de vie du verger nécessitent un travail minimum du sol au pied de l’arbre. L’enherbement total est fortement déconseillé sauf en système très extensif. En zones sèches, il est possible de travailler toute la surface du verger, en réalisant la rotation d’engrais vert des différentes familles, sur l’inter-rang.

Sur le pied de l’arbre, choisir entre deux techniques :

– le paillage (ou mulch) qui assure un très bon démarrage de la plantation : tous les essais le démontrent. Mais attention aux campagnols en pommiers sur des porte-greffes faibles. Évitez le plastique noir, choisissez plutôt la bâche tissée qui donne de bons résultats.

– le travail du sol est la technique la plus pratiquée avec un outil spécialisé muni d’un tâteur électrohydraulique : disques, outils rotatifs, fraises, lames bineuses… Les machines à fils ne sont pas adaptées aux premières années et le désherbage thermique est très onéreux.

Aménager la biodiversité

Dès l’implantation, prévoir des haies composites. Le choix des espèces doit être déterminé par les conditions de milieu et une bonne connaissance de la végétation spontanée et indigène. Ensemencez les plantes compagnes en couvre-sol et des bandes florales. Pensez à la mise en place de nichoirs pour favoriser oiseaux et chauve-souris.

Adapter son irrigation

D’un point de vue agronomique, le goutte-à-goutte est à éviter, sauf en appoint. Ce système est uniquement intéressant si la source en eau est faible. Le système choisi doit humecter au minimum l’équivalent de 50 % de la surface du verger, afi n de favoriser un développement maximum du racinaire. L’arrosage sur frondaison est juste intéressant pour la lutte anti-gel. Le micro-jet sous frondaison est souvent le choix le plus judicieux. Idéalement, il faudrait combiner les deux, mais cela demande un investissement trop onéreux.

Article de Jean-Luc Petit,

Lisez l’article en achetant le Biofil N°65, Juillet/août 2009

Remerciement au Groupe de recherche en agriculture biologique (Grab) d’Avignon.

 

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Connaître son sol : un paramètre essentiel en bio

La réalisation d’une analyse de sol permet de connaître la texture (granulométrie), la teneur en éléments fertilisants, le taux de matières organiques, le pH… et éventuellement, la teneur en éléments “indésirables”. Dans ce type d’analyse, le taux de matières organiques, issu du dosage du carbone total, ne donne qu’une information partielle car il ne renseigne pas sur les types de matières organiques présentes ou à apporter. Cela est dommageable en bio où la gestion de la matière organique est la principale source de fertilisation.

Pour analyser les matières organiques, la méthode la plus intéressante est le diagnostic Hérody. Il renseigne sur les composants minéraux actifs issus de l’altération de la roche-mère, les présents comme les absents. Il indique les différents types de matières organiques, leur rôle et leur liaison avec les limons fins, les argiles vraies. Leur qualité est estimée par la mesure du CF (Coefficient de Fixation). Un des points clés de cette méthode est le rôle du fer pour constituer le complexe organo-minéral (COM). Il doit être stabilisé par la fourniture de bases (calcium ou magnésium).

Les analyses de biomasse microbienne renseignent sur l’ensemble des micro-organismes du sol en mesurant la quantité de carbone “vivant” dans le sol. Ces analyses peuvent être intéressantes dans certains cas, sinon il est assez facile d’estimer l’activité biologique par quelques tests sur le terrain.

La méthode la plus ancienne et la plus simple pour évaluer l’activité globale de la microflore consiste à mesurer la minéralisation du carbone et de l’azote en conditions contrôlées, proches de l’optimum biologique.

Observer la flore bio-indicatrice est une technique complémentaire qui s’appuie sur le postulat que la plupart des espèces végétales ont besoin de conditions précises pour la levée de dormance de leurs graines. L’observation du biotope primaire (là où les plantes sont présentes naturellement) permet de préciser les conditions requises pour lever la dormance de la graine d’une espèce.

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Une fumure adaptée

avant la plantation. L’âge et la dose du compost sont en fonction des éléments présents dans le sol et de la structure (limons, argiles et leur qualité à fixer la matière organique). Ils varient en fonction du porte-greffe choisi et de “l’intensification” souhaitée du verger. Pour les plantations avec porte-greffe faible, prévoir une fumure organique azotée en fin d’hiver, au démarrage de la végétation. Elle sera localisée et enfouie au pied de l’arbre. Ne mettez pas les racines en contact avec la matière organique, surtout dans le cas d’un fumier composté, pour éviter qu’elles ne soient brûlées, provoquant la mort du scion. Ajoutez les amendements minéraux en fonction des carences révélées par les analyses. Souvent, les éléments sont présents dans le sol mais non assimilés par l’arbre. Le rôle d’un agriculteur bio est de faire repartir ces processus.

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