L’hirondelle fera-t-elle le printemps bio ?

EDITO, BIOFIL n°117 – mai / juin 2018

On le savait, mais les chiffres récents sont alarmants. 
Les oiseaux disparaissent, en nombres d’individus et aussi d’espèces. En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en quinze ans. Selon le Muséum national d’histoire naturelle et le Centre national de la recherche scientique, les principaux résultats de deux réseaux de suivi des oiseaux sur le territoire français montrent un phénomène de “disparition massive”“proche de la catastrophe écologique”.Un comptage réalisé dans le Limousin indique que trois espèces ont presque disparu : le moineau friquet, le busard saint-Martin et le milan royal. L’hécatombe touche les trois quarts des populations de l’alouette des champs, la moitié de celle du chardonneret élégant, de l’hirondelle de fenêtre, du roitelet huppé, plus d’un tiers de celles de l’hirondelle rustique et du rouge-gorge familier, un quart du martinet noir… Au niveau mondial, même funeste refrain. Selon le rapport de BirdLife, ONG spécialisée dans la protection des oiseaux, huit espèces sur dix sont menacées d’extinction.

En cause principale, l’agriculture. En France, les chercheurs pointent des pratiques de plus en plus intensives durant ces vingt-cinq dernières années. Et le déclin des oiseaux empire depuis 2008-2009 : fin des jachères imposées par la Pac, flambée des cours du blé, sur-fertilisation en azote minéral, généralisation des néonicotinoïdes… leur sont fatals. Le plus inquiétant : depuis deux ans, la situation se dégrade encore plus Alouette, pinson, tourterelle, merle ou pigeon ramier… se font de plus en plus rares. La perdrix a presque disparu. En cause, les insectes, leur nourriture de base, deviennent denrée rare, anéantis par les pesticides.

Il est urgent d’agir, et la bio est une des solutions, sinon LA solution. Rétablir l’écosystème est une priorité. Et la bio est à la fois victime et guérisseur. Victime car, comment produire bio dans un environnement si dégradé ? Par exemple, les hirondelles disparaissent faute de garde-manger, notamment de bruches dont elles sont si friandes. Et sans prédateur, cet insecte ravageur en profite pour pulluler joyeusement dans les légumineuses bio. La bio est aussi guérisseur, car généraliser ce mode de production va faire revenir cette biodiversité indispensable, pour
établir un équilibre bon pour les sols, la flore, la faune, l’eau, l’air et les humains.

Le nouveau plan Ambition bio, visant 15 % de surfaces bio en 2022, est l’occasion de rappeler que la bio n’est pas qu’un marché, ni qu’un aliment-santé. La bio est un levier majeur pour réparer tous ces dégâts. L’enveloppe de 1,1 milliard du ministère de l’Agriculture, prévue sur cinq ans, est une excellente nouvelle. Mais c’est insuffisant pour relever tous ces défis : aider les conversions, et aussi soutenir une recherche, capable d’aider, sans tarder, à restaurer les milieux écologiques, tout en offrant un revenu équitable aux agriculteurs ? La question centrale est de rémunérer les services bénéfiques rendus par la bio sur tous les plans. Pour cela, l’agriculture doit mieux comprendre et respecter ce milieu qui est son outil de travail. Bref, changer de modèle. Les hirondelles doivent revenir faire le printemps bio.

Christine Rivry-Fournier

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