Construire les filières : contractualisez !

Construire les filières bio est essentiel, pour toutes les productions, afin de ne pas retomber dans les affres du conventionnel. En grandes cultures, Coop de France insiste sur la nécessité de contractualiser. Exemples de la Cavac et de Terrena.

(de d. à g.) Cyril Blain, responsable végétal bio chez Terrena et Damien Savoyant, producteur, Franck Bluteau, président de la commission bio de la Cavac et Christophe Vinet, directeur du pôle végétal, et Thomas Jullien, chargé de mission Coop de France Ouest.

 

Tech&Bio Grand Ouest est l’occasion d’enfoncer le clou. “La demande est très soutenue, et l’offre française
encore insuffisante pour y répondre, autant en alimentation animale qu’humaine”, présente Thomas Jullien, chargé de mission Coop de France Ouest lors de la conférence sur la contractualisation. L’enjeu est de diminuer ce déficit, sécuriser le développement des monogastriques, réduire les à-coups liés aux aléas climatiques. “Il faut trouver des débouchés durables, valorisants, rémunérateurs et contractualiser”, résume-t-il. “C’est un partenariat gagnant-gagnant du producteur au consommateur.” Avec l’arrivée de nouveaux producteurs et opérateurs de collecte, l’urgence est de maîtriser cette filière pour ne pas mettre en danger sa plus-value. “Il est indispensable aussi d’instaurer de bonnes pratiques du champ au silo pour assurer la qualité réclamée par les transformateurs.”

 

Sécuriser les producteurs
La coopérative Terrena va collecter 30 000 tonnes en bio et C2 en 2018, en pur et en mélange, soit 34 à 40 matières différentes stockées séparément. “Il faut s’organiser, faire des prévisions, et c’est pourquoi le contrat prend son intérêt”, explique Cyril Blain, responsable végétal à Terrena. Pour Damien Savoyard, éleveur de Limousine dans la Vienne, en conversion depuis 2016, la contractualisation du C2 avec la coopérative à un prix garanti, basé sur le tarif bio moins 30 %, est très rassurant : “J’ai toujours eu l’habitude des fluctuations de prix, ce contrat sécurise ma conversion. Et ceux à venir ensuite, sur trois ans ou plus, vont m’aider à élaborer mon revenu moyen”. Franck Bluteau, président de la commission bio de la Cavac, coopérative vendéenne, est en bio depuis presque dix ans, après quinze ans de conventionnel. “Avant je produisais ce que je voulais, et les prix fluctuaient. En bio, grâce aux contrats, il n’y a plus de volatilité, malgré les variations de rendements.” Les durées des contrats vont de trois à huit ans, selon les productions, “et les prix ne me préoccupent plus”. Rien à voir avec de l’intégration,“c’est juste répondre à la demande du marché, et s’adapter aux débouchés”.

 

“Spéculer, c’est détruire la filière”
L’impératif est de sécuriser la filière en nouant des partenariats tripartites de l’amont à l’aval. “C’est indispensable
pour anticiper et s’organiser”, résume Christophe Vinet, directeur du pôlevégétal de la Cavac. Précurseur dans la mise en place de contrats, cette coopérative est engagée en bio depuis 1998. Suite à la crise de surproduction de 2003, elle contractualise avec ses producteurs, des transformateurs et des distributeurs : “il faut trouver des clients désireux de construire des partenariats pour nos productions diversifiées, issues des rotations nécessaires en bio”, témoigne Christophe Vinet. En 2018, les 60 000 tonnes produites par 400 producteurs sont contractualisées d’amont en aval. Les 100 000 tonnes de collecte prévues pour 2019 le seront aussi, pour des contrats signés déjà jusqu’en 2023. “Car – prévient-il – en bio, spéculer, c’est détruire la filière et, à court terme, le marché.”

Christine Rivry-Fournier

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